En bref
- Erreur stratégique majeure: la mise à l’écart d’experts clés au sein du Bureau of Industry and Security (BIS) fragilise l’outil américain de contrôle des risques liés aux chaînes technologiques.
- Politique de sécurité incohérente: recul sur des règles de cybersécurité, volte-face sur les puces d’IA, et lenteurs dans le filtrage des investissements.
- Conflit technologique USA–Chine: un vide réglementaire ouvre des brèches exploitables, du cloud à l’automobile connectée.
- Rivalité géopolitique en 2026: l’Europe avance ses outils, tandis que Washington désarme une partie de ses propres garde-fous.
- Sanctions moins lisibles: le signal envoyé aux acteurs de l’espionnage industriel paraît ambigu et crée du risque systémique.
La rupture est nette et documentée. Aux États-Unis, la politique de sécurité technologique se fissure au moment où la rivalité avec la Chine atteint une intensité inédite. Des départs forcés au sein du BIS, dans l’Office of Information and Communications Technology and Services (ICTS), s’additionnent à des reculs réglementaires. L’ensemble dessine une erreur stratégique qui redéfinit les rapports de force du conflit technologique. Les indicateurs sont concrets: exécution hésitante sur les contrôles d’exportation de puces d’IA, coupes dans les effectifs dédiés à la sécurité, et incertitudes sur la capacité à “nettoyer” des réseaux déjà imbriqués de composants sensibles.
Le contexte international n’attend pas. Pékin accélère ses investissements dans des pans entiers de la technologie critique, tandis que Moscou exploite chaque interstice. Par ricochet, l’Europe consolide son cadre: filtrage des investissements, boîtes à outils 5G et réponses coordonnées sur les menaces cyber. De l’autre côté de l’Atlantique, la désorganisation américaine commence à produire ses effets. Des secteurs clés deviennent vulnérables, des données circulent, des segments entiers du marché risquent un verrouillage par des acteurs étrangers. La question est donc frontale: Washington peut-il corriger la trajectoire à temps, sans aggraver les coûts et sans perdre l’initiative face à Pékin?
Guerre technologique USA–Chine: comment l’ICTS a été affaibli et pourquoi c’est une erreur stratégique
Le cœur du dispositif américain pour examiner les risques liés aux technologies étrangères s’appelle ICTS. Cet office, logé au BIS, est né d’un décret de 2019. Son mandat visait les acquisitions, importations, installations et usages futurs de produits et services TIC susceptibles de porter atteinte à la sécurité nationale. L’approche comblait un vide entre CFIUS, Team Telecom et les contrôles export. Les autorités pouvaient agir sur des classes entières de technologies, pas seulement sur des transactions spécifiques. Cette largeur de périmètre constituait une force rare dans l’arsenal américain.
Pourtant, la dynamique s’est brisée. En janvier, des responsables clés de l’ICTS ont été poussés vers la sortie. Le timing choque, car le bureau commençait à démontrer sa valeur. Deux actions l’illustrent. D’abord, la restriction sur Kaspersky en 2024, qui a interdit l’usage de ses solutions par des entités américaines. Ensuite, la règle de janvier 2025 sur les véhicules connectés liés à la Chine ou à la Russie, avec une mise en œuvre progressive jusqu’à 2030. Le message était clair: les voitures sont des ordinateurs sur roues, et leur connectivité devient un vecteur d’accès à des données sensibles.
Cependant, la trajectoire a dérivé. Les départs ont stoppé l’élan, alors que la feuille de route du BIS ciblait aussi des domaines critiques. Des priorités comme les points d’accès satellite, les capteurs avancés, l’infrastructure cloud, les microprocesseurs et les systèmes autonomes exigeaient une continuité d’action. Les contrôles de l’ICTS répondaient à un besoin précis: éviter que des technologies sous influence d’adversaires s’enracinent dans l’écosystème américain. Or, chaque mois de vide réglementaire ouvre un espace d’implantation difficile à défaire.
La logique historique confirme cette crainte. Les efforts “rip-and-replace” sur des équipements 5G jugés à risque ont coûté cher et duré. Plusieurs opérateurs ruraux ont conservé du matériel Huawei et ZTE plus longtemps que prévu. Le démontage, la relocalisation et la reconfiguration exigent des budgets et des équipes formées. Pendant ce temps, les réseaux continuent d’opérer. Des données circulent. Des dépendances logicielles se tissent. En pratique, la fenêtre d’exposition s’élargit.
Le signal envoyé à Pékin mérite attention. Dans un conflit technologique où l’initiative pèse, une politique de sécurité qui s’effiloche incite l’adversaire à tester les limites. Des sociétés écrans ou partenaires “indirects” peuvent réapparaître dans des chaînes d’approvisionnement secondaires. Des modules logiciels connectés, mal cartographiés, se glissent dans des couches middleware. Ainsi, la surface d’attaque grandit sans bruit. Les effets, eux, se révèlent tard, souvent après une exploitation constatable.
Les États-Unis possèdent encore des atouts. Le tissu d’innovateurs, l’écosystème de normalisation, et la capacité juridique à sanctionner des entités créent un socle puissant. Toutefois, l’erreur stratégique actuelle tient au désarmement partiel du seul instrument pensé pour interdire des classes technologiques à risque. Au-delà des cas emblématiques, le vrai enjeu se joue dans les couches invisibles du numérique et dans la gestion du “futur continu” des intégrations logicielles. Cette scène exige de la cohérence, de la vitesse, et une gouvernance claire.
Ce que change l’ICTS quand il fonctionne
Quand l’ICTS agit, il tranche vite sur des catégories entières. Il empêche l’installation, l’importation, ou l’usage d’outils vulnérables. Puis il fixe un horizon de conformité lisible. Les acteurs s’adaptent alors, réallouent les budgets, et reconfigurent les partenariats. Sans cet effet de cadrage, le marché attend ou choisit la voie du moindre coût. Résultat: le risque s’invite par capillarité, souvent sans alerte visible. Dans un duel USA–Chine, la faiblesse de l’exécution devient un avantage pour l’adversaire. Ici, le temps long favorise celui qui persiste et infiltre.
Affaiblissement des garde-fous: cybersécurité, exportations d’IA et filtrage des investissements
Le démantèlement ne s’arrête pas à l’ICTS. Le régulateur des télécoms a réduit des règles de cybersécurité essentielles. Les opérateurs disposent donc de moins d’obligations minimales. Parallèlement, la Maison Blanche a alterné les positions sur les puces Nvidia H20 et H200. Ces puces alimentent l’IA de pointe. L’accès par des acteurs liés à la Chine pose un risque stratégique évident. Pourtant, les inflexions ont brouillé le signal adressé aux vendeurs et aux partenaires.
Le filtrage des investissements étrangers offre un autre exemple. Des changements récents visaient à accélérer les dossiers sans lien avec la Chine. L’objectif semblait pragmatique. Mais l’implémentation a dérouté des praticiens chevronnés. Les délais et les critères ont perdu en prévisibilité. Dans cet entre-deux, des capitaux peuvent contourner les écrans. Des structures complexes masquent parfois l’origine des fonds. Le résultat est connu: l’arbitrage réglementaire se renforce.
Sur le terrain, des entreprises apprennent à vivre avec l’incertitude. Prenons “Atlas Mobility”, constructeur américain fictif de véhicules électriques connectés. L’entreprise a revu sa cartographie fournisseurs en 2025 après la règle sur les voitures liées à des adversaires. Elle a trouvé des alternatives locales pour la télémétrie. Puis, les départs à l’ICTS ont introduit un doute sur la pérennité de l’approche. Certains sous-traitants ont relancé des offres “compétitives” venues d’Asie. Atlas hésite. Faut-il maintenir une stratégie coûteuse de re-shoring, si l’arbitre régulateur lève le pied?
Cette hésitation crée un biais structurel. Les acteurs disciplinés supportent des coûts supérieurs. Les autres cherchent des raccourcis. Progressivement, les segments sensibles se reconstituent. Des librairies logicielles de connectivité, des piles firmware, et des SDK cloud réapparaissent via des partenaires indirects. Or, ces couches sont difficiles à auditer en continu. La charge retombe sur des équipes sécurité déjà réduites, notamment après des coupes dans des agences comme la CISA.
Le risque ne porte pas seulement sur l’interception de données. Il concerne aussi les sabotages discrets. Des mises à jour over-the-air peuvent modifier des paramètres sans alerte utilisateur. Des capteurs réagissent alors de manière anormale en situation de crise. Par exemple, un parc de navettes autonomes peut subir un défaut coordonné sur des carrefours critiques. Le scénario reste crédible si des composants vulnérables persistent dans l’architecture. Et la fenêtre d’attaque s’élargit avec l’IoT industriel.
Il existe des leviers rapides. Les États-Unis pourraient aligner à nouveau les contrôles export sur une doctrine claire. Ils pourraient rétablir des exigences cyber minimales dans les télécoms. Puis ils pourraient re-staffer l’ICTS pour relancer la machine. D’ailleurs, des sanctions plus ciblées sur les chaînes de rechange et les distributeurs gris créeraient un choc dissuasif. La condition centrale reste la constance. Une politique qui change au trimestre ne sécurise pas une décennie d’infrastructures critiques.
Vidéo à voir pour mieux comprendre les contrôles export
Pour replacer ces enjeux dans le temps long, un éclairage d’experts aide à clarifier les bascules de doctrine. Cette recherche propose un angle utile.
La comparaison d’écoles de pensée éclaire la logique des bascules. Entre “open innovation” et “tech containment”, l’ambivalence génère un brouillard d’exécution. Les entreprises, elles, demandent des garde-fous stables.
Chaînes d’approvisionnement critiques: véhicules connectés, cloud, satellites et capteurs avancés
Le front logistique concentre l’essentiel du risque. Les véhicules connectés agrègent caméras, microphones, GNSS et modems cellulaires. Ils traitent la donnée en périphérie, puis la synchronisent vers le cloud. Chaque étape ouvre une porte potentielle. Ensuite, le spatial fixe une seconde vulnérabilité. Des liaisons montantes et descendantes gèrent la télémesure et la commande. Si des points d’accès satellite restent exposés, un adversaire peut intercepter, cartographier, ou perturber. Enfin, les capteurs industriels envoient des flux vers des systèmes SCADA. Le pivot entre IT et OT devient un angle d’attaque majeur.
Dans ce maillage, la règle ICTS sur les voitures de 2025 a posé un jalon. Elle interdit la vente de certains véhicules et logiciels de connectivité d’origine chinoise ou russe à partir du millésime 2027. Puis elle bloque l’import de composants de connectivité à horizon 2030. Ce calendrier donne de la visibilité. Mais il suppose une exécution stricte. Il faut des audits, des labels d’origine logicielle, et une traçabilité des mises à jour.
Pour clarifier les angles morts, ce tableau synthétise des secteurs critiques, leurs risques, et le statut américain actuel.
| Secteur | Risque principal | Outil politique pertinent | Posture USA (2026) |
|---|---|---|---|
| Véhicules connectés | Exfiltration de données et sabotage OTA | ICTS, normes OTA, sanctions ciblées | Règle en place, exécution incertaine |
| Cloud et IaaS | Accès privilégié et chaines logicielles | ICTS, CFIUS, audits SOC | Garde-fous partiels, effectifs réduits |
| Satellites et stations sol | Interception et déni de service | Licences, ICTS, normes chiffrement | Priorité identifiée, moyens en tension |
| Capteurs avancés/IoT | Portes dérobées et firmware non signé | ICTS, certification, tests tiers | Hétérogène selon secteurs |
| Semiconducteurs | Contournements et re-exports | Contrôles export, listes BIS | Doctrine fluctuante en 2025–2026 |
Des équipes sécurité décrivent un phénomène discret mais massif. Les “build pipelines” s’appuient sur des paquets open source, parfois maintenus par des développeurs isolés. Un adversaire peut y injecter un code malveillant. Puis il attend une mise à jour dans un fournisseur de connectivité automobile. Le code se propage vers des flottes de test. Il surveille, dort, ou déclenche un sabotage ciblé. La défense nécessite donc une sécurité de la supply chain logicielle, pas seulement matérielle.
Les décideurs doivent structurer des priorités avec méthode. D’abord, cartographier les dépendances critiques. Ensuite, imposer la signature stricte des firmware et des images conteneurisées. Enfin, créer un fonds pour auditer les bibliothèques ouvertes utilisées dans les fonctions sensibles. Sans cet effort, la meilleure des règles reste cosmétique. L’espionnage industriel prospère là où la dette technique s’accumule.
Le maillon spatial illustre aussi la nécessité d’un contrôle bout en bout. Des start-up déploient des constellations à bas coût. Elles fournissent des services à des flottes. Si une station sol utilise une chaîne logicielle exposée, le risque remonte. Un adversaire capture des métadonnées de trajets. Il reconstruit des schémas d’habitudes. Il peut alors synchroniser une action physique avec un événement réseau. Ce couplage impose une vigilance permanente, car il efface la frontière entre cyber et terrain.
Checklist opérationnelle pour sécuriser une chaîne
- Établir un SBOM signé pour chaque composant critique.
- Auditer les dépendances OSS et financer les mainteneurs clés.
- Activer le zero trust sur les accès cloud et OTA.
- Simuler des scénarios de sabotage coordonné sur capteurs et réseau.
- Exiger des attestations d’origine pour les modules de connectivité.
Cette liste ne remplace pas la loi. Elle aide à gagner du temps tant que l’architecture publique de contrôle reste incomplète. Or, le temps vaut autant que la technologie dans cette compétition.
Alliés, Europe et échos de la rivalité géopolitique: ce que signifie l’alignement (ou son absence)
La rivalité géopolitique USA–Chine ne se joue pas en tête-à-tête. L’Europe a bâti un cadre plus lisible depuis 2020. Le filtrage des investissements étrangers s’est renforcé. La boîte à outils 5G a structuré des réponses modulaires. Des sanctions cyber s’alignent mieux avec les incidents attribués. En 2026, plusieurs capitales ont finalisé des démarches de déploiement O-RAN tout en gardant des garde-fous. Le message ressemble à un continuum prudent, parfois lent, mais stable.
Cette stabilité attire des industriels. Des fabricants de modules sécurisés préfèrent signer en zone euro. Ils y trouvent des règles compréhensibles sur trois ans. Des chaînes de montage relocalisent la partie firmware critique dans des pays de confiance. Les normes de test se synchronisent avec les agences nationales. Le coût augmente un peu. Mais la visibilité permet d’étaler l’effort et de choisir l’emplacement des nœuds sensibles.
À l’inverse, l’incertitude américaine produit des effets de bord. Des groupes établissent des architectures “dual build” pour vendre des versions différentes de leur produit. Une pour l’UE et ses exigences. Une autre pour les États-Unis si les règles s’assouplissent. Cette duplication alourdit les coûts et fragmente la base de code. Elle affaiblit, in fine, la posture globale de sécurité. Les attaquants visent naturellement la branche la moins dure.
Pour compenser, Washington peut s’appuyer sur le canal transatlantique. Un paquet commun sur les contrôles cloud et les stations sol offrirait une base. Des critères de labellisation des OTA sur les véhicules aideraient les constructeurs. Une reconnaissance mutuelle de certaines certifications fluidifierait l’offre. La condition centrale reste la cohérence interne. Un partenaire s’aligne plus facilement si l’architecte sait où il va.
La Chine observe ce ballet avec précision. Elle avance sur 37 technologies de pointe sur 44, selon des analyses discutées ces dernières années. Elle investit dans les capteurs, l’IA embarquée, et la fabrication avancée. Elle pousse des plateformes cloud exportables. Elle cible des corridors économiques où les règles sont souples. Dans ces zones, les normes de conformité laissent des marges d’interprétation. La diffusion s’accélère, souvent via des services intégrés clés en main.
La réponse occidentale doit articuler le rapport coût/temps. Fixer des priorités. Protéger ce qui ne se remplace pas vite. Et mutualiser des tests pour réduire la facture. Sinon, l’erreur stratégique américaine rejaillira sur le bloc. Le vide d’un acteur majeur devient un aspirateur pour les dépendances des autres. L’Europe peut amortir une partie du choc. Elle ne peut pas absorber seule la vague si les interconnexions transatlantiques restent poreuses.
Regard vidéo sur l’approche européenne
Un éclairage sur la boîte à outils 5G et les filtrages d’investissements en Europe offre des repères utiles. La question centrale: comment maintenir l’ouverture tout en gardant la maîtrise des couches critiques?
Les convergences transatlantiques restent possibles. Elles exigent des calendriers alignés et des contrôles vérifiables. Le coût de la non-coordination se chiffre en risques accumulés.
Scénarios 2026–2030: coûts réels, rip-and-replace et plans d’action sans illusions
La décennie s’ouvre avec des arbitrages difficiles. Reprendre la main coûtera cher. Le “rip-and-replace” exige des subventions, des calendriers robustes, et des équipes terrain. L’expérience rurale sur le retrait d’équipements Huawei et ZTE parle d’elle-même. Plusieurs opérateurs, comme le fictif “MidwestTel”, ont mis des années à substituer du matériel. Ils ont dû gérer les stocks, la pose, et des interruptions programmées. En parallèle, les menaces ne ralentissent pas. Elles testent la résilience d’un réseau en mouvement.
Trois scénarios se dessinent. D’abord, le réarmement réglementaire rapide. L’ICTS est re-staffé. Les priorités 2024 du BIS sont réactivées. Les contrôles export se stabilisent. L’impact est net en deux ans. Ensuite, le scénario médian. Les États-Unis réparent partiellement la chaîne, mais laissent des brèches. Des composants sensibles restent dans des sous-systèmes. Les adversaires bricolent des accès. Enfin, le scénario de décrochage. Les règles demeurent incohérentes. Les parts de marché des technologies adverses progressent sur des couches logicielles discrètes. Les coûts de réversibilité explosent en 2030.
Le pilotage de crise impose une feuille de route opérationnelle. Voici un plan réaliste par étapes:
- 90 jours: réinstaller une task-force ICTS, lister dix catégories à décision rapide.
- 180 jours: aligner export controls IA avec une matrice risque-secteurs, publier les seuils.
- 12 mois: labelliser OTA sécurisées pour véhicules et IoT industriel, vérifier en tiers.
- 18 mois: harmoniser une norme cloud d’accès privilégié avec des audits obligatoires.
- 24 mois: lancer un fonds OSS critique, retenir 50 bibliothèques stratégiques à sécuriser.
Ce plan vise la réduction d’attaque exploitable. Il ne prétend pas tout régler. Toutefois, il tarit la source des incidents les plus graves. Ensuite, la coopération avec les alliés doit donner de l’échelle. Des tests communs sur capteurs et modems évitent les doublons. Des échanges d’indicateurs de compromission, normalisés, accélèrent les réponses.
La dimension économique compte autant que la technologie. Les industriels ont besoin d’un “prix de la conformité” soutenable. L’État peut amortir le premier choc, puis exiger des plans de neutralité fournisseurs. On peut imaginer des crédits d’impôt conditionnés à la traçabilité logicielle. Le marché s’ajustera si les règles restent stables. En revanche, des stop-and-go détruisent la confiance et bloquent les investissements de mitigation.
Reste la tentation de l’exception. Certains plaideront pour des dérogations sectorielles au nom de l’innovation. Le risque est réel. Les fenêtres d’exception deviennent des autoroutes si les contrôles se relâchent. Ici, la discipline fait la différence. Une gouvernance claire diminue l’arbitraire. Elle renforce la probabilité d’un alignement privé-public. Sans elle, le “shadow supply chain” gagne et l’espionnage industriel s’installe.
Au bout du compte, la bataille se gagnera sur la constance. La politique de sécurité doit tenir dans la durée. Les États-Unis peuvent corriger la trajectoire. Mais ils devront accepter un coût immédiat pour éviter un coût systémique. Le meilleur moment pour réparer un dispositif, c’est avant la prochaine brèche visible.
On en dit quoi ?
La décision de dévitaliser l’ICTS, puis de reculer sur d’autres garde-fous, constitue une erreur stratégique au moment le plus sensible du conflit technologique avec la Chine. La fenêtre d’exposition s’agrandit, alors que les adversaires accélèrent. Pourtant, un réarmement rapide reste possible si Washington rétablit la cohérence, stabilise les contrôles, et finance la mitigation logicielle. Le coût de la constance paraît élevé aujourd’hui. Il demeure inférieur au prix d’un écosystème durablement infiltré demain.
Pourquoi l’ICTS est-il central dans la protection du marché US ?
Parce qu’il peut cibler des classes entières de technologies liées à des adversaires, interdire leur import, leur vente ou leur usage, et combler des vides laissés par CFIUS, Team Telecom ou les contrôles export. C’est l’outil le plus apte à traiter des risques systémiques sur des couches multiples.
En quoi les hésitations sur les puces d’IA profitent-elles aux adversaires ?
Elles envoient un signal de flou. Les vendeurs testent les limites, des réexportations se structurent, et des acteurs liés à la Chine obtiennent des capacités de calcul avancées. La fenêtre pour entraîner des modèles sensibles s’ouvre, puis se referme trop tard.
Les véhicules connectés sont-ils réellement un risque stratégique ?
Oui. Ils embarquent caméras, micros, GNSS et connexions cellulaires. Les mises à jour OTA deviennent un levier d’accès. Sans contrôle d’origine des modules et des logiciels, l’exfiltration de données et les sabotages coordonnés restent plausibles.
Quel rôle l’Europe peut-elle jouer dans cette rivalité ?
L’Europe propose une stabilité réglementaire avec la boîte à outils 5G et le filtrage des investissements. Elle peut offrir un ancrage pour des chaînes de valeur sûres, tout en alignant certaines certifications avec les États-Unis pour réduire les coûts de conformité.
Quelles mesures rapides auraient le plus d’impact en 12 mois ?
Re-staffer l’ICTS, stabiliser les contrôles export IA, imposer des labels OTA sécurisés pour véhicules et IoT, et financer la sécurisation d’un corpus critique de bibliothèques open source utilisées dans les couches sensibles.
Journaliste tech passionné de 38 ans, je décrypte chaque jour l’actualité numérique et j’adore rendre la technologie accessible à tous.








