La grève baptisée Resist and Unsubscribe bouscule la routine numérique et force un débat de fond. Portée par une mobilisation décentralisée, elle s’attaque aux géants de la tech en misant sur un levier simple et brutal : l’attrition des abonnements. L’initiateur, le professeur et podcasteur Scott Galloway, affirme que le pouvoir répond d’abord aux signaux du marché. Ainsi, l’objectif consiste à faire frissonner les indices, puis à pousser les directions à couper les ponts avec des politiques jugées toxiques. Les réseaux se sont emparés du mot d’ordre, et la campagne aurait touché près d’un million de personnes, avec des contenus vus plus de 18 millions de fois.
Le tempo est clair : un mois pour tester la résilience de l’industrie numérique aux désabonnements coordonnés. Les plateformes ciblées forment une colonne vertébrale de la technologie mondiale, du commerce à la culture. Ce choix n’est pas fortuit : les “Magnificent 7” pèsent environ 35 % du S&P 500, et leur performance oriente l’humeur des marchés. En filigrane, une question domine : un mouvement de protestation peut‑il, sans syndicat classique, modifier un rapport de force politique ? Les organisateurs misent sur une règle simple : moteur à abonnement, réaction à l’attrition. La solidarité passe ici par le portefeuille et l’audit de ses propres usages, tout en préservant l’accès à l’essentiel.
En bref
- Resist and Unsubscribe cible des abonnements clés pour influer sur la bourse et le pouvoir.
- La mobilisation s’appuie sur des actions simples : annuler, mettre en pause, expliciter la raison.
- Les géants de la tech craignent surtout la hausse du churn et le recul de l’ARPU.
- Cette grève s’inscrit dans une longue histoire de protestation économique.
- Le droit du travail ne couvre pas tout : les consommateurs agissent hors cadre syndical.
Resist and Unsubscribe : genèse, méthode et cibles de la grève économique contre les géants de la tech
Le plan est né d’un constat : la politique bouge quand les courbes financières vacillent. Scott Galloway propose donc une “grève économique” qui pousse des millions d’usagers à annuler, ou à suspendre, des services numériques non essentiels. L’ambition reste pragmatique : viser un mois calibré, créer un bruit mesurable, puis obtenir des signaux correctifs des directions.
Le mécanisme tient en trois étapes. D’abord, l’audit des abonnements : vidéo, musique, cloud, IA, livraison. Ensuite, la décision : annuler ce qui relève du confort, garder le vital. Enfin, la communication : indiquer, lors de la résiliation, le motif politique ou éthique. Les entreprises enregistrent ces causes et les agrègent en tableaux de bord, ce qui accélère la remontée au comité exécutif.
Les cibles listées par Galloway incluent Amazon, Apple, Google, Meta, Microsoft, Netflix, Paramount+, Uber, X et OpenAI. Le spectre est large parce que ces entreprises structurent la demande, la distribution et l’attention. Elles concentrent aussi un capital politique réel, via le lobbying, la publicité institutionnelle, et les contenus premium. Selon des critiques, Amazon aurait ainsi financé un documentaire consacré à Melania Trump, perçu par certains comme un geste d’alignement. Le groupe rétorque répondre à l’appétit supposé du public.
Le rôle de la mobilisation numérique s’avère central. Des modèles de messages et des tutoriels d’annulation se partagent sur les réseaux. Les organisateurs mettent aussi en avant des alternatives : Kanopy pour le cinéma avec carte de bibliothèque, Lyft plutôt qu’Uber, commerces de proximité au lieu d’une livraison express. La solidarité passe alors par un transfert d’usage, pas par une abstinence totale.
Un précédent éclaire la stratégie : des applications d’alertes ICE ont été retirées des stores au nom de politiques de modération. La décision a déclenché de vives critiques sur la suppression d’informations publiques. Cette séquence rappelle que les géants arbitrent, chaque jour, entre sécurité, politique et réputation. Un boycott coordonné tente de peser sur ce triangle, en public et par les chiffres.
Pour visualiser l’architecture du mouvement, ce tableau regroupe des leviers typiques et des options de repli. Il aide à baliser l’effort, sans sacrifier les usages vitaux.
| Entreprise ciblée | Service visé | Indicateur sensible | Risque perçu | Alternative suggérée |
|---|---|---|---|---|
| Amazon | Prime, One | Churn mensuel | Perte trafic, image | Achats locaux, retrait magasin |
| Apple | TV+, Music, Fitness+ | Taux d’essai converti | ARPU en baisse | Bibliothèques, Bandcamp, sport libre |
| Netflix | Streaming | Net adds trimestriels | Réaction marché | Kanopy, DVDthèques locales |
| Uber | Ride‑hailing | Courses par usager | Part de marché | Marche, vélo, Lyft |
| OpenAI | Abonnements IA | Rétention pro | Perte usage pro | Outils open source |
Pour saisir l’intention de Galloway et la logique marché, un détour vidéo permet d’entendre les arguments d’origine. Le débat y mêle éthique, pouvoir économique et limites de la consommation engagée.
La force du plan tient à sa simplicité et à sa traçabilité. Chaque annulation pèse peu, mais la somme crée une pression lisible pour tout conseil d’administration.
Choc de marché : comment la grève peut ébranler les géants de la tech et leurs métriques
Les investisseurs scrutent d’abord le churn, l’ARPU et les “net adds”. Une hausse du churn, même marginale, peut déclencher une révision des modèles. Le marché réagit alors à l’anticipation plus qu’au chiffre brut, ce qui amplifie l’effet psychologique.
Un exemple reste parlant : lors d’un trimestre 2022, Netflix a subi un recul d’abonnés et une chute boursière brutale. La comparaison n’est pas parfaite, mais elle montre qu’un signal d’érosion peut coûter des dizaines de milliards en capitalisation. Une grève coordonnée vise ce point névralgique.
Ensuite, l’élasticité varie selon la place du service. Une solution vitale au travail résistera mieux qu’un divertissement secondaire. Le mouvement recommande donc d’écrémer les usages périphériques. Cette approche limite le coût pour les foyers, tout en maximisant la visibilité comptable.
Sur un mois, l’effet direct reste borné. Toutefois, la contagion médiatique peut prolonger la vague. Les dirigeants adaptent alors les promotions, multiplient les mois gratuits et activent la rétention par lot. Les CFO recalibrent aussi les guidances, ce qui influence les multiples de marché.
Pour l’industrie numérique, trois angles de vulnérabilité dominent. D’abord, la dépendance au récit de croissance continue. Puis, la sensibilité au bad buzz politique. Enfin, la concurrence de solutions “assez bonnes” proposées par des acteurs plus petits. Cette combinaison crée une pente plus glissante qu’il n’y paraît.
Indicateurs critiques pendant la mobilisation
Plusieurs métriques méritent un suivi rapproché. Les appelés “intent to cancel” dans les sondages clients indiquent la pression latente. Les volumes de requêtes “cancel + brand” sur les moteurs complètent le tableau. Les équipes d’analystes croisent ces signaux avec la data de facturation.
Le sentiment social importe autant que les chiffres. Une volée d’annulations assorties de motifs politiques peut modifier les arbitrages internes. Les comités de risque brand et policy agissent vite quand la controverse se mesure en points de NPS perdus.
- Churn hebdomadaire et motifs collectés dans les formulaires.
- ARPU et effet d’écrémage via offres d’entrée.
- Intent to cancel observé dans les sondages CRM.
- Recherche “cancel + marque” et pics sur l’actualité.
- Net adds et variation géographique.
À court terme, la pression s’exerce via les médias et les analystes sell‑side. À moyen terme, les PDG redoutent l’effet cliquet : un foyer qui a appris à vivre sans un service revient moins souvent. Ce risque de “déshabituation” a un coût durable.
Pour replacer ces dynamiques dans l’actualité, une exploration vidéo sur l’impact des boycotts numériques éclaire les ressorts psychologiques et boursiers. Les intervenants détaillent l’effet d’entraînement et ses limites.
En définitive, la bourse déteste l’incertitude sur la demande. Une protestation coordonnée, même brève, instille justement ce doute-là.
Droit du travail, légalité des boycotts et nouveaux visages de la protestation numérique
Un malentendu revient souvent : une grève d’usagers ne relève pas du droit du travail. Aux États‑Unis, le NLRA protège surtout l’action collective des salariés. Les consommateurs, eux, s’expriment dans le cadre de la liberté d’expression et du choix économique. La frontière devient fine quand employés et clients convergent.
Des précédents éclairent les marges de manœuvre. Le mouvement “No Tech for ICE” a poussé des salariés à contester des contrats publics jugés liberticides. Parallèlement, des apps d’alerte ICE ont été retirées pour infraction aux règles. Les opposants ont vu une censure de l’information civique. Ces heurts illustrent le flou entre modération, sécurité et politique.
Les organisateurs de Resist and Unsubscribe conseillent une ligne claire : expliquer posément la raison de l’annulation. Les entreprises tracent ces raisons et les agrègent. Ce formalisme permet aux conseils de repérer une tendance, sans tomber dans un appel à la coercition.
Sur le plan légal, le boycott politique de consommateurs dispose d’une protection large. Il devient risqué s’il s’accompagne d’entraves physiques, de menaces, ou de collusion anticoncurrentielle entre entreprises. La mobilisation actuelle mise sur des gestes individuels coordonnés par l’information publique.
Vers un “syndicat” des usagers ?
Le mot syndicat évoque le salariat, pourtant un équivalent citoyen émerge. Des coalitions de clients se structurent via newsletters et plateformes d’action. Elles créent des “piquets” symboliques sur le web : templates, hashtags, compteurs d’annulations. L’adhésion reste libre et réversible, ce qui réduit le coût d’entrée.
Les salariés du numérique entrent parfois dans la danse. Des ingénieurs publient des lettres ouvertes, tandis que des livreurs relaient les appels à l’audit de consommation. Cette hybridation consolide la solidarité, car elle aligne usage, travail et éthique. Elle rappelle aussi les walkouts chez Google ou les mobilisations d’entrepôts d’Amazon.
Reste la question : jusqu’où aller ? Le mouvement recommande de préserver les outils indispensables à l’emploi, pour éviter l’auto‑punition. La pression doit viser la marge de confort, pas l’essentiel. Ce pragmatisme augmente la durée de vie de la campagne.
Enfin, la protestation numérique se veut traçable et mesurable. Des tableaux de bord publics affichent les objectifs et les jalons atteints. Cette transparence crédibilise la démarche auprès des médias et des investisseurs. Elle rend aussi l’effort motivant pour les participants.
Au croisement du droit, de l’éthique et de l’économie, cette forme d’action esquisse un modèle : un contre‑pouvoir d’usage, chiffrable et réplicable.
Mobilisation pratique : comment se désabonner intelligemment sans se couper du monde
La clé consiste à prioriser. Il faut séparer l’indispensable de l’accessoire. Une liste simple aide à trier, puis à passer à l’action, sans anxiété inutile.
Un parcours type se déroule en quatre temps. D’abord, recenser les abonnements dans l’historique bancaire. Ensuite, classer : travail, éducation, santé, divertissement. Puis, décider : annuler, mettre en pause, basculer vers une alternative. Enfin, notifier la raison et planifier une réévaluation à J+30.
Actions concrètes pour la grève Resist and Unsubscribe
- Auditer ses paiements récurrents et repérer les doublons (deux comptes musique, par exemple).
- Annuler au moins un service non essentiel et cocher “raison politique/éthique” si proposé.
- Basculer une partie des achats vers des commerces locaux ou des coopératives.
- Remplacer un service streaming par des médiathèques ou Kanopy avec carte de bibliothèque.
- Communiquer publiquement l’action, pour encourager l’effet réseau.
Des alternatives crédibles existent pour limiter le manque. Lyft peut remplacer ponctuellement Uber. Une plateforme open source peut remplacer un outil IA premium. Les médiathèques proposent un catalogue étonnant, tandis que les commerces de quartier redonnent du sens à l’achat.
Pour aider, voici un message type à insérer dans les formulaires de résiliation : “J’annule ce service dans le cadre de Resist and Unsubscribe. Je souhaite que votre entreprise se désolidarise de politiques attentatoires aux droits fondamentaux. Je réévaluerai ma position dans un mois.” Ce texte reste factuel et mesurable.
Des foyers témoignent d’un effet inattendu : récupérer du temps. Une soirée sans plateforme devient une promenade, un dîner avec des voisins, ou une lecture. Cette redécouverte n’empêche pas le retour plus tard, mais elle atténue la dépendance. Et ce rééquilibrage pèse aussi sur la négociation implicite avec les plateformes.
Pour garder le cap, un calendrier visuel aide. Il fixe un début et une fin, puis inscrit deux jalons : point d’étape au milieu, bilan final. Cette approche rend l’effort concret et rassure les réticents. La solidarité progresse quand l’action paraît faisable.
Au quotidien, chaque geste compte si l’agrégation suit. La répétition de micro‑annulations devient alors un signal macro pour les dirigeants.
Scénarios 2026 : réponses possibles des plateformes, rôle des régulateurs et effets sociétaux
Face à la pression, les directions disposent d’un éventail de réponses. D’abord, les offres de rétention : mois gratuits, bundles, reprises promotionnelles. Ensuite, la communication : chartes éthiques révisées, comités de contenu, ou distanciation avec des projets controversés. Parfois, des partenariats médiatiques sont reconsidérés pour réduire le risque politique.
Les équipes finances peuvent ajuster la guidance, puis concentrer l’investissement sur la fidélité plutôt que l’acquisition. Sur le plan de l’image, des engagements vérifiables valent mieux qu’un simple billet de blog. Les marchés jugent désormais sur les métriques, pas sur l’intention.
Risques et opportunités pour l’industrie numérique
Le principal risque réside dans la politisation de la base d’usagers. Une perception d’alignement partisan déclenche une volatilité de la demande. En revanche, une gouvernance plus transparente peut renforcer la confiance, donc la rétention. Le chemin étroit passe par la cohérence des actes.
Les régulateurs surveillent l’information des consommateurs, l’usage des dark patterns et la concurrence. Un contexte de protestation met en lumière les pratiques d’interface douteuses. Les autorités peuvent exiger des parcours de résiliation plus clairs. Cette exigence protège l’usager et apaise, paradoxalement, la colère.
La société civile, elle, capitalise sur cette mobilisation. Des ONG documentent les changements obtenus, pour ancrer la méthode. Les universitaires mesurent l’effet réel sur les métriques de marché. Les syndicats de travailleurs y voient aussi un appui moral, car un client engagé renforce souvent un salarié qui alerte.
Une dernière variable reste humaniste : la fatigue militante. Un mouvement gagne quand il ménage des paliers et propose des retours temporaires. Une stratégie par vagues crée alors des fenêtres de négociation. Elle préserve la base et maintient la pression sur la durée.
En somme, 2026 pourrait marquer un tournant : la consommation comme levier d’arbitrage politique, face à des plateformes qui régissent le quotidien. Les PDG, les régulateurs et les citoyens apprennent, ensemble, une nouvelle grammaire du pouvoir.
Qu’est-ce que Resist and Unsubscribe, concrètement ?
C’est une campagne de grève économique centrée sur les abonnements numériques : annuler ou suspendre des services non essentiels pendant un mois, puis indiquer explicitement la raison politique de la décision. L’objectif est de faire bouger les marchés et d’inciter les géants de la tech à revoir certains choix.
Quels services viser en priorité sans perturber le travail ?
Classer d’abord ses usages : garder l’indispensable au job, à l’éducation et à la santé. Viser ensuite les divertissements secondaires, les options premium peu utilisées et les comptes en doublon. Des alternatives existent via les médiathèques, l’open source ou les commerces locaux.
Est-ce légal d’expliquer une annulation pour motif politique ?
Oui. Les entreprises recueillent les motifs de résiliation, et les consommateurs disposent d’un droit d’expression sur leurs choix d’achat. Évitez toute action d’entrave physique ou de harcèlement, et limitez-vous à des démarches individuelles et pacifiques.
Quel impact espérer en un mois ?
À court terme : un signal sur le churn, la rétention et l’ARPU, amplifié par la couverture médiatique. À moyen terme : des ajustements de communication et de gouvernance. Un effet durable se produit si une part d’usagers apprend à se passer de services superflus.
Comment amplifier la mobilisation sans réseaux sociaux ?
Partagez des guides d’audit par e‑mail, organisez des réunions locales et proposez des modèles de messages de résiliation. Les bibliothèques et les associations sont d’excellents relais pour coordonner l’information hors des plateformes.
On en dit quoi ?
Resist and Unsubscribe introduit un test décisif : la consommation peut‑elle devenir un contre‑pouvoir stable ? Les premières vagues montrent que des micro‑gestes, s’ils sont nombreux et motivés, déplacent déjà le curseur. Les géants de la tech comprennent ce langage, car il parle chiffres, pas slogans. Si la solidarité s’inscrit dans la durée et reste mesurée, cette protestation peut forcer une conversation plus franche entre plateformes, usagers et société.
Journaliste tech passionné de 38 ans, je décrypte chaque jour l’actualité numérique et j’adore rendre la technologie accessible à tous.








