- Zoom apparaît comme la première victime française d’une politique publique qui veut réduire la dépendance aux géants américains de la tech.
- La France prépare la bascule vers Visio, outil souverain intégré à la Suite Numérique, avec un déploiement cible d’ici 2027.
- L’Union européenne muscle sa lutte via le DSA, le DMA et l’instrument anti-coercition, pour rééquilibrer la concurrence sur le marché numérique.
- Les entreprises françaises testent des stratégies hybrides et open source pour préserver l’innovation tout en maîtrisant les coûts.
- Des arbitrages complexes émergent entre sécurité, interopérabilité, expérience utilisateur et calendrier de migration.
- La dynamique 2026 réactive la question de la domination américaine sur les plateformes et des réponses industrielles européennes.
Un basculement discret s’amorce dans les technologies de communication au travail. Sous l’effet d’une pression géopolitique ravivée et d’un cadre réglementaire européen plus ferme, la France a décidé de sortir des plateformes américaines pour ses échanges sensibles. Dans cette phase, Zoom cristallise les débats : solution performante, adoptée massivement pendant la pandémie, elle devient pourtant la première victime française d’une stratégie qui veut reprendre le contrôle des flux, des données et des standards.
Le calendrier s’accélère. Le gouvernement annonce la généralisation d’une alternative nationale, Visio, intégrée à la Suite Numérique co-développée avec les Pays-Bas et l’Allemagne. L’objectif est clair : garantir sécurité, confidentialité et continuité de service, tout en réduisant la dépendance envers les géants américains. En toile de fond, l’UE avance ses pièces avec le DSA, le DMA et un instrument anti-coercition taillé pour les services. Le message est direct : la lutte se joue autant dans la norme que dans le code.
Géants de la tech : une question de contrôle autour de Zoom, première victime française
Le tournant engagé par l’État place la souveraineté numérique au cœur de l’agenda. Avec Zoom pointé comme première plateforme évincée du périmètre public sensible, la France envoie un signal politique fort. La lutte n’oppose pas seulement des logiciels ; elle confronte deux modèles : services intégrés pilotés par des géants américains et solutions ouvertes opérées localement.
Le contexte compte. Les tensions commerciales entre Washington et Bruxelles ont resurgi. Les pressions tarifaires, jugées extraterritoriales côté européen, ont alimenté une volonté d’autonomie stratégique. Dans ce climat, l’UE a renforcé ses outils : DSA pour la modération et la transparence, DMA pour brider les pratiques de verrouillage de marché. La France traduit cette ligne dans l’action, secteur par secteur.
Régulation européenne et bras de fer transatlantique
Le DMA impose l’interopérabilité, la portabilité des données et l’interdiction de certaines auto-préférences. Ces obligations ciblent les plateformes « gatekeepers ». Elles bouleversent la concurrence sur le marché numérique. Pour les acteurs américains, ces règles pèsent sur les roadmaps produit et sur la monétisation. Pour les administrations, elles ouvrent la voie à des combinaisons multi-fournisseurs plus équilibrées.
La Commission a aussi dégainé l’instrument anti-coercition. Il permet, en dernier ressort, de restreindre des services numériques si une pression étrangère menace l’autonomie du bloc. Cette perspective crédibilise la posture européenne. Elle crée, surtout, un cadre de négociation plus ferme.
Zoom et l’effet d’entraînement sur le parc applicatif
Le cas Zoom sert de levier. Une fois la messagerie et la visioconférence migrées vers Visio, les interconnexions basculent à leur tour : calendriers, annuaires, stockage, co-édition. Chaque couplage technique devient un point de décision. Ce domino met à l’épreuve les compromis entre ergonomie, sécurité et coûts.
Dans la pratique, les DSI publics visent une réduction drastique de surface d’attaque. Les flux vidéo chiffrés bout en bout, l’hébergement en datacenters européens et l’audit du code deviennent des exigences. Ces critères sont maintenant intégrés aux appels d’offres. Ils favorisent l’innovation locale et la structuration d’un écosystème open source.
Un symbole plus qu’un verdict sur la qualité
Le retrait planifié ne condamne pas la qualité technique de Zoom. Le symbole compte davantage. Le message tient en une phrase : la France veut des garanties au niveau de la chaîne complète, du protocole à la gouvernance. Ce paradigme replace la décision publique au-dessus des facilités du marché.
Cette inflexion rejaillit sur les entreprises françaises. Beaucoup réévaluent leurs propres dépendances. Elles envisagent des architectures « best-of-breed » où la spécialisation prime sur l’uniformité. À terme, la domination de suites tout-en-un pourrait s’éroder, au profit d’assemblages modulaires interopérables.
La dynamique enclenchée appelle une question opérationnelle : par quoi remplacer concrètement Teams et Zoom sans perdre en productivité ?
Peut-on remplacer Teams et Zoom ? La France mise sur « Visio » pour sa lutte souveraine
Visio s’inscrit dans la Suite Numérique, un ensemble open source co-développé avec l’Allemagne et les Pays-Bas. L’ambition dépasse la visioconférence. Elle vise un véritable espace de travail souverain : réunions, chat, co-édition, partage sécurisé. Le tout s’aligne sur les exigences du secteur public, avec un pilotage étatique des priorités.
Le remplacement s’évalue selon quatre axes. D’abord, la sécurité des flux et des identités. Ensuite, la gouvernance du code et la capacité d’audit. Puis, l’interopérabilité avec l’existant. Enfin, le coût total, incluant formation et support. Ces critères structurent les pilotes menés dans plusieurs ministères.
Fonctionnalités clés et critères d’adoption
Les équipes comparent les fonctionnalités cruciales. Elles testent la qualité audio-vidéo, les salles virtuelles, l’enregistrement chiffré, l’interprétation simultanée et le contrôle fin des partages. Elles mesurent aussi l’intégration avec la messagerie et les annuaires. Les retours initiaux sont encourageants. Des points de friction persistent sur certaines intégrations tierces et sur la scalabilité lors des pics.
Pour éclairer ces arbitrages, un tableau récapitulatif aide les décideurs à objectiver le choix.
| Critère | Zoom / Teams | Visio (Suite Numérique) | Impact sur la décision |
|---|---|---|---|
| Hébergement | Cloud global, régions multiples | Datacenters UE, option on-prem | Conformité et contrôle des données |
| Chiffrement | E2E conditionnel, selon scénarios | E2E priorisé, audit de code possible | Garanties accrues pour échanges sensibles |
| Interopérabilité | Large écosystème propriétaire | APIs ouvertes, standards ouverts | Réduction du lock-in à moyen terme |
| Fonctions avancées | IA mature, traduction, transcriptions | Modules IA en cours d’industrialisation | Écart comblable via intégrations |
| Coûts | Licences par utilisateur | Investissement initial + MCO | TCO favorable sur 3 à 5 ans |
Liste d’actions pour une migration réussie
- Cartographier les usages réels et supprimer les redondances.
- Créer un bac à sable avec un échantillon d’utilisateurs exigeants.
- Prioriser les réunions sensibles sur Visio dès les premiers mois.
- Former les « champions » internes et déployer un support de proximité.
- Établir des ponts techniques temporaires pour éviter les ruptures.
Un ministère pilote a mené un test grandeur nature lors d’un comité de crise. La captation chiffrée et la co-édition ont tenu la charge. La stabilisation vidéo sur réseau contraint a néanmoins demandé un ajustement. Ces retours façonnent la feuille de route produit. Ils accélèrent l’innovation utile, au-delà du simple effet d’annonce.
En définitive, la bascule ne se résume pas à une substitution. Elle consacre un modèle ouvert et contrôlable, pensé pour durer dans l’écosystème public. Ce point sera décisif quand les entreprises privées suivront.
Cette transition publique irrigue déjà le tissu économique. Les directions informatiques du privé s’interrogent sur le bon tempo et sur les bénéfices mesurables.
Résilience française : comment les entreprises luttent contre la domination des géants américains
La dynamique souveraine gagne l’entreprise. Les acteurs critiques, dans la santé ou l’énergie, mènent des pilotes. Leur objectif est clair : réduire l’exposition aux risques extraterritoriaux, sans sacrifier l’agilité. La lutte se joue à la marge : un contrat renégocié ici, un module open source ajouté là. Pas de big bang, mais une trajectoire.
Un fil rouge émerge : la stratégie hybride. Les entreprises françaises conservent certains services des géants américains pour des cas non sensibles. Elles déportent le reste vers des briques européennes. Cette approche limite l’impact sur l’utilisateur. Elle permet aussi de tester les limites techniques sans mettre en péril la production.
Étude de cas : « HexaVerre » et la bascule progressive
HexaVerre, ETI industrielle fictive basée à Lyon, exporte dans 30 pays. L’équipe sécurité a identifié la visioconférence comme point névralgique. Elle a retenu un modèle en trois temps : pilotes de Visio avec des clients européens, migration des réunions internes sensibles, puis interconnexion avec le CRM. Les ventes ont été peu perturbées. Les gains en confidentialité ont été immédiats sur les appels d’offres.
Ce récit illustre un choix rationnel. Les DSI arbitrent entre maturité fonctionnelle et maîtrise des risques. Quand la valeur d’usage est élevée, la substitution se fait par étapes. Quand l’exposition réglementaire est trop forte, la bascule est plus rapide. Dans les deux cas, la décision s’appuie sur des métriques : taux de réussite des réunions, satisfaction, incidents et coûts.
Compétences, intégrateurs et effet d’écosystème
La réussite dépend des talents. Les intégrateurs locaux montent en puissance. Ils proposent des packs d’adoption, des connecteurs et des formations. Les écoles d’ingénieurs adaptent leurs cursus avec des modules sécurité open source et collaboration souveraine. Cette chaîne favorise l’innovation utile. Elle ancre un standard européen qui se nourrit des retours terrain.
Les directions juridiques ajustent aussi les clauses contractuelles. Elles renforcent les audits de conformité et les exigences de transparence. Le résultat : un rapport de force plus équilibré avec les fournisseurs dominants. Cet équilibre pèse sur la domination historique des plateformes globales.
Les marchés financiers observent ces signaux. Les budgets cloud se réallouent. Le CAPEX de transition augmente à court terme. Le marché numérique s’adapte. Il intègre une prime à la réversibilité. Cette prime devient un critère d’achat explicite.
Ces mouvements ne sont pas une exception française. Ils s’inscrivent dans un balancier européen plus large. Ils préparent la prochaine étape réglementaire, où la capacité d’interopérer sera déterminante.
Reste à comprendre comment la régulation transforme la concurrence et redistribue les cartes pour les années à venir.
Concurrence et DMA : le marché numérique se rebâtit, innovation à la clé
L’UE intensifie sa boîte à outils. Le DMA contraint les gardiens d’accès à ouvrir leurs interfaces. Les pratiques d’auto-préférence sont surveillées. Les remèdes structurels ne sont plus tabous en cas de récidive. Cette approche fait bouger des lignes que l’on disait immuables. Elle crée des fenêtres pour des acteurs émergents.
Dans la collaboration, l’interopérabilité devient une exigence. Les calendriers, la messagerie et la vidéo doivent dialoguer. Les formats fermés reculent. Les API publiques progressent. Des consortiums européens publient des profils d’interopérabilité. La tech avance avec des standards concrets, pas seulement des principes.
Impact sur les feuilles de route des plateformes
Les plateformes globales intègrent ces contraintes. Elles ouvrent des connecteurs, publient des SDK et renforcent la conformité. Les innovations d’IA générative sont calibrées pour respecter la souveraineté des données. Les modèles hybrides, où l’inférence se fait en local, gagnent en popularité. Cette bascule stimule l’innovation chez les fournisseurs européens, qui n’avaient pas accès à ces interfaces auparavant.
Les autorités de concurrence lancent des enquêtes sectorielles. Elles surveillent les tactiques de contournement. Les amendes ne sont plus considérées comme un coût de fonctionnement, car des remèdes comportementaux durcis s’ajoutent. Les utilisateurs finaux y gagnent par plus de choix et moins de verrouillage.
De la sanction à la normalisation
La norme fait souvent plus que la sanction. Quand une API ouverte devient la règle, tout un écosystème en profite. Les PME intègrent plus vite. Les organismes publics réduisent les coûts d’intégration. Le marché numérique se densifie. Il devient moins dépendant de la domination d’un unique fournisseur.
Un angle retient l’attention : la continuité d’activité. Les autorités demandent des plans de sortie. Les organisations doivent pouvoir quitter une plateforme sans perdre leurs données. Cette exigence change la négociation commerciale. Elle rééquilibre le contrat, au bénéfice des acheteurs.
Dans ce cadre, le cas Zoom en France agit comme un révélateur. Il illustre la transition d’un confort d’usage vers une gouvernance assumée. La prochaine étape s’écrit maintenant : la mise en œuvre, projet par projet.
Le défi quitte donc la salle des régulateurs pour rejoindre les salles projet. Il impose une exécution maîtrisée et des arbitrages quotidiens.
Sortir de la dépendance : feuille de route 2027 pour des administrations sans Zoom
La réussite passera par une méthode. Les administrations ont retenu une trajectoire en trois temps : cadrer, migrer, optimiser. Chacune de ces étapes porte des risques spécifiques. Chacune a ses outils de mitigation. L’enjeu est d’orchestrer les briques techniques et humaines.
Un scénario type se dessine. Au cadrage, les équipes recensent les usages, les contraintes métiers et les intégrations critiques. Elles priorisent les réunions sensibles et les directions pilotes. À la migration, elles déploient Visio sur des périmètres ciblés. Elles gardent des passerelles temporaires avec Zoom pour éviter la rupture. À l’optimisation, elles généralisent, mesurent et ajustent.
Personas et conduite du changement
La conduite du changement est centrale. Les communicants rédigent des guides courts, avec captures et scénarios. Les « champions » accompagnent leurs équipes en proximité. Les décideurs reçoivent des tableaux de bord avec des indicateurs clairs : adoption, incidents, satisfaction. Cette gouvernance maintient le cap, même quand surgissent des irritants.
Un fil narratif illustre ces étapes. Amel, DSI d’une préfecture, a lancé un pilote sur les réunions de sécurité. Le premier mois, 20 réunions critiques ont basculé sur Visio. Les enregistrements chiffrés ont rassuré les équipes. Un problème d’écho a été corrigé via une mise à jour audio. Le trimestre suivant, la bascule a touché les comités RH et les jurys. Les dernières dépendances à Zoom se sont réduites à des échanges avec des partenaires étrangers.
Mesure économique et performance
La trajectoire financière doit être mesurée finement. Le CAPEX initial couvre formation, support et intégrations. L’OPEX diminue avec la rationalisation des licences. Le coût total de possession s’améliore sur quelques années. Les bénéfices immatériels, comme la confiance des usagers et la réduction du risque juridique, pèsent désormais dans les bilans.
Pour rester réalistes, les équipes prévoient des garde-fous. Elles posent des SLA exigeants. Elles planifient des tests de charge trimestriels et des audits de sécurité. Elles publient un calendrier de sortie de Zoom par périmètre. Cette transparence crée de l’adhésion et limite les frictions.
Au bout du chemin, la promesse tient en deux mots : maîtrise et résilience. La France ne rompt pas avec la tech globale. Elle rééquilibre. Elle fait de la souveraineté un paramètre de design, pas un slogan. Ce choix installe un effet cliquet : difficile de revenir en arrière une fois la réversibilité acquise.
On en dit quoi ?
Zoom devient la première victime française visible d’un mouvement plus large, rationnel et assumé. Le pari de la France est mesuré : sécuriser, diversifier et stimuler l’innovation locale sans renoncer à la performance. Le marché numérique sort gagnant si l’exécution suit, car la concurrence réelle pousse la qualité vers le haut. Il faudra tenir la cadence jusqu’en 2027, prouver la valeur et garder l’interopérabilité comme boussole.
Pourquoi la France cible-t-elle en priorité la visioconférence ?
La visioconférence concentre des données sensibles (réunions de crise, marchés publics, RH). Elle a un effet d’entraînement sur les autres briques (stockage, calendriers, chat). Agir ici crée un levier fort et rapide sur la souveraineté opérationnelle.
Visio offre-t-il un niveau de sécurité supérieur à Zoom ?
Visio privilégie l’hébergement en UE, l’audit du code et le chiffrement de bout en bout. Zoom propose aussi des options avancées, mais l’État veut des garanties globales, incluant la gouvernance et la localisation des données.
Le DMA va-t-il vraiment changer la concurrence ?
Oui, car il impose l’interopérabilité et limite les verrouillages. Les acteurs émergents peuvent se brancher plus facilement. Les acheteurs disposent d’un pouvoir de négociation accru.
Les entreprises françaises doivent-elles suivre la même trajectoire que l’État ?
Elles peuvent s’inspirer de la méthode, mais adapter le rythme. Un modèle hybride fonctionne bien : cas sensibles sur des briques souveraines, cas banalisés sur des services globaux.
Que devient l’expérience utilisateur dans cette transition ?
Elle reste centrale. Les projets prévoient formation, support et optimisation continue. Les retours terrain influencent la feuille de route des produits souverains pour combler les écarts fonctionnels.
Journaliste tech passionné de 38 ans, je décrypte chaque jour l’actualité numérique et j’adore rendre la technologie accessible à tous.








